ACCUEIL MENU

    ‹Cˆá‚¢ Kichigai.com


Seishin :

L'esprit humain

¸ @_

Essence + âme divine

Dans un monde flottant (Ukiyo), lfesprit humain revêt une importance toute particulière. A la frontière des songes et du virtuel, seule la force spirituelle permet de naviguer. Ainsi, les arts martiaux (Budo) dispensent un enseignement spirituel ainsi qufun ensemble de techniques visant à défaire ou tuer lfadversaire. Accordant une place essentielle à lfénergie intérieure, leur but ultime est le développement spirituel de lfindividu par lfintermédiaire dfun entraînement physique. Le maître arrive à une synthèse entre le penseur et lfhomme dfaction. Le corps apprend la mobilité, l'esquive et la non-résistance ; lfesprit sfimprègne de la malléabilité du monde flottant ; la maîtrise de lfun vient avec celle de lfautre. La vie acétique du corps va de pair avec le détachement des valeurs matérielles. A la limite, le corps devient la seule arme. Le Karate (de Kara = vide et te=main) représente cet ultime travail sur soi.

‹ó @Žè

Kara (vide) te (main)

Le Sumo (qui est plus qufun art martial en raison de son caractère sacré) est un autre exemple de la lutte à mains nues Le dernier film de Zhang Yimu, « Héros », une superproduction à la Chinoise, met en scène une femme, maîtresse en art martial, qui dévie des milliers de flèches grâce aux larges manches de sa tunique. Les paraboles montrant un homme déterminé armé de ses seules mains nues qui défait toute une armée sont légions dans la cinématographie asiatique.

 

Lfhumanité doit conserver son autonomie. Autonome sfoppose à hétéronome : lfhomme devient dépendant de phénomènes extérieurs. Lfinvasion médicale est un exemple de la tentation hétéronome ; mais aucune prothèse médico-pharmaceutique ne peut compenser une déficience structurelle de lfesprit. Le surmenage au travail ne se règle pas (de facon durable) à lfaspirine ou aux antidépresseurs.

 

Le progrès technologique est particulièrement exposé aux dérives hétéronomes. Son contrôle échappe de plus en plus à lfhomme. Les grandes catastrophes naturelles (tremblement de terre, typhon, tsunamic) se sont graduellement effacées devant les catastrophes liées à la non-maîtrise de la puissance technologique. Le grand tremblement de terre de Kobe, 7.3 sur lféchelle de Richter, nfa coûté la vie « qufà » 5,000 personnes (à comparer au bilan du récent tsunami dans le sous développé sud-est asiatique). La menace de nos jours sfapparente plus à Hiroshima, Tchernobyl ou lfépidémie de la vache folle. Les développements scientifique et technique ont de plus en plus leur vie propre. Cette autonomie est confisquée à lfesprit humain. John Von Neuman, lfun des pères de lfautomatisation, qui joua un rôle prédominant dans la construction du premier ordinateur prédisait déjà que les constructeurs dfautomates seraient aussi désemparés devant leurs créations que devant des phénomènes naturels complexes. Cette perte graduelle du contrôle des machines a beaucoup inspiré lfimaginaire occidental : des machines qui métraient lfhomme en esclavage est une des grandes paranoïas de nos sociétés (de Matrix à Terminator).

 

Cette croyance humaniste dans le rôle central joué par lfesprit nippon se retrouve dans la relation homme/machine. Il ne sfagit pas de sous-estimer lfimportance de la technologie dans le monde actuel. Celle-ci est prédominante dans lfarchipel depuis la menace impérialiste à la fin du XIXième, personnifiée par la flotte du commandant Perry forçant son passage dans la baie de Tokyo. Cette démonstration de force occidentale conduisit à la révolution Meiji et à une modernisation radicale du pays. Ce sont bien ces progrès technologiques qui ont permis au Japon de sfimposer comme la seconde économie mondiale, malgré un manque de ressources naturelles. Si les techniques, connaissances scientifiques, et procédés industriels sont vénérés quasi-religieusement, on insiste aussi beaucoup sur la maîtrise de cette puissance : lfesprit humain doit rester au centre du monde. La technologie appartient au domaine de lfinstrumentalisme.

 

La science fiction nippone montre souvent lfhomme et la machine vivant en symbiose. Le rapport homme/machine est plus que convivial, à la limite du fusionnel. Les corps mécanisés confèrent à leurs opérateurs des super-pouvoirs. Les exosquelettes, et autres armures motorisées sont comme des secondes peaux en totale osmose avec les pilotes. Dans le dernier des grands roboto anime (les animations dont les héros sont des robots), Evangelion, le pilote de lfandroïde géant répète incessamment : « lfentry plug (en anglais dans le texte) a lfodeur du sang ; mais pourquoi je me sens si bien là dedans ». Le cockpit est totalement baigné dans un liquide jaune dans lequel le pilote est totalement immergé et qui lui fournit son oxygène. La relation au liquide amniotique est à peine déguisée.

 

On voit volontiers le Japon poursuivre une utopie technologique, en paix avec son futur. La méfiance envers le projet technicien est en fait particulièrement forte. Le progrès a une propension particulièrement forte à polluer le Seishin quand il devient une béquille. Il est impératif que lfhomme résiste à la tentation fusionnelle. Il ne sfagit pas dfimaginer le corps post-moderne comme un amalgame de processus biologiques et technologiques. Les cyborgs et autres monstres bio-mécaniques représentent la tendance invasive dfune technologie qui aurait une vie propre, dont son créateur deviendrait trop dépendant. Sans tomber dans la paranoïa et diaboliser le progrès, celui-ci est gardé à distance, et lfhumanisme nippon en appelle encore largement à la nature.

 

Cette vocation instrumentale de la machine est illustrée par la fréquence des pannes dans les fictions dfanticipation ; les héros japonais passent un temps infini à les réparer. La guerre des étoiles, reprend le thème (le film est dfailleurs tiré dfun Kurosawa : « la forteresse cachée » avec le mythique Mifume à lfaffiche). Les chevaliers Jedaï nfutilisent pas de gadgets technologiques auxquels ils préfèrent leurs épées laser démodées. Ils pratiquent une sorte dfart martial ancestral et un peu anachronique. Le concept de la « force » ressemble en fait remarquablement au Seishin : par la seule force de sa concentration, lfesprit humain peut commander la matière. Le scénario fait largement penser à un négatif de la révolution Meiji : lfadoption brutale des techniques occidentales avait laissé la vieille élite samouraï sur la touche. Sous la bannière du dernier Shogun, elle décida de livrer une dernière bataille. Attachée aux vieilles valeurs et aux méthodes traditionnelles de combats, la dernière armée de Samouraïs fut défaite par une armée de conscrits, munie dfun arsenal moderne, importé dfoccident.

 

Seishin reflète aussi lfesprit national. Le concept fut largement utilisé par la marine nippone pendant la bataille de lfatlantique. Seishin était lfarme secrète qui allait compenser les forces matérielles de lfennemi (bien supérieures à partir de 1943). De la même façon que les Allemands comptaient sur les avions à réaction, les fusées V1 puis V2, les Japonais développèrent les forces spéciales (euphémisme pour suicide) du vent divin, en référence aux typhons qui sauvèrent lfarchipel de lfinvasion mongole. Une stratégie systématique de pilotes suicide (voir Seppuku) allait permettre de rattraper le retard technologique sur les Etats-Unis. Des escadrilles de Okas (du nom des fleurs de cerisiers – voir Mono no aware) furent crées : ces appareils sans train dfatterrissage et équipés dfun minuscule réservoir à essence, étaient spécialement conçus pour les missions suicides. La force de caractère japonaise était personnifiée par ces pilotes. Ainsi, un Kamikaze en partance pour sa dernière mission est reporté avoir confié une liasse de billets à lfofficier qui lfaccompagnait sur le pont du porte-avions; sa dernière volonté était de faire parvenir cet argent au ministère de la guerre pour construire dfautres appareils : le pays en aurait plus besoin que lui.

 

En fait les Okas nfoccasionnèrent que des dégâts symboliques presque insignifiants devant le rouleau compresseur industriel américain. La profusion dfappareils sortant des chaînes de montage ne fut pourtant pas suffisante pour entamer la résolution japonaise. Il fallut finalement deux bombes atomiques pour en venir a bout. Seishin nfest pas absent de lfinconscient collectif européen. A Stalingrad, la détermination russe eut raison de lfécrasante supériorité du matétriel allemand. Les intenses bombardements aériens avaient rendu caduc lfavantage technologique des Allemands : les chars ne pouvaient plus circuler dans les décombres de la ville. La guérilla urbaine sforganisa autour de petits groupes armés et des tireurs dfélite (les fameux « Snipers ») : dans ce contexte, la détermination humaine avait repris ses droits. Les Russes faisaient charger leurs hommes dont certains nfétaient pas armés, avec lfordre de ramasser un fusil sur un cadavre. Le prix en vies humaines fut monstrueux, mais lfhistoire se souvient de leur héroïsme.

@


ACCUEIL MENU