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Matsuri :

Festival religieux

 

Les Japonais ressemblent à leurs volcans. La plupart du temps, le mode de vie nippon est très strict. Ils vivent dans un confort minimum (voir Chado). A ce titre, il est intéressant de visiter les palais impériaux. Les pièces y sont spartiates ; pas un meuble : on s'assoie à même le sol ; sur un coussin ; en tailleur (vous avez déjà essayé de rester assis en tailleur pendant plus d'une demi-heure ?). On connaît leur sens du devoir (Giri), qu'ils peuvent pousser jusqu'aux plus absurdes extrémités. Le plaisir immédiat, c'est aussi éviter la douleur. La souffrance est méprisée. Très difficile de trouver des anti-douleurs au Japon. Un de mes équipiers de rugby que nous avions traîné dans un hôpital après qu'il se soit fracturé la jambe juste au-dessous du genou en a fait la triste expérience. Sous prétexte qu'il avait choisi un dimanche pour s'accidenter et alors que sa jambe oscillait autour de la fracture, on lui demanda de revenir le lundi pour un plâtre. On lui procura aussi deux pilules (micro-dosées) d'anti-douleur pour la nuit. Quelques heures après, il était sur une table d'opération dans un hôpital international, quelque part dans Tokyo, et un chirurgien lui vissait une plaque directement dans l'os. Toute cette tension s'accumule pour arriver à des pressions intolérables. Et puis c'est l'explosion, brève mais intense... Après les rigueurs du devoir, on se vautre dans la frivolité ; éruption de volupté ; odeur de souffre et avidité charnelle.

On se noie dans l'excès à Kabukicho, le très démarqué quartier des plaisirs. Depuis toujours, l'archipel oppose une forte démarcation entre les rigueurs confucéennes du château et les desseins " inférieurs ". On peut y observer un hédonisme débridé, principalement masculin. Le quartier chaud de Tokyo a toujours été un des plus chauds d'Asie. Il a bougé avec les catastrophes. Le quartier historique est Asakusa, dans la ville basse. Il est rentré dans la légende comme le Montmartre des années 1890 ou Times Square, cinquante ans plus tard. On y admirait la lune depuis la véranda d'un bordel, entouré de courtisanes qui connaissaient leurs classiques : c'était le monde flottant de l'Ukiyo, le plaisir éphémère. Depuis la guerre et ses destructions, le monde des plaisirs s'est déplacé dans le quartier de Shinjuku, non loin des grands gratte-ciel gouvernementaux et de la célèbre mairie de Tokyo. Ce monde est habité de personnages hilares qui batifolent parmi un paysage nocturne baigné dans la lumière électrique des néons. On peut y observer une agitation frénétique, principalement alimentée par le saké, la bière et les fluides organiques.

Mais la véritable soupape de sécurité, ce sont les spectaculaires Matsuri. Pendant les circonstances très particulières de ces festivals d'origine religieuse, il est possible d'observer des scènes de liesse totale. Le contact de la foule, le vertige de la transe, l'étourdissement des Taiko (tambours traditionnels) dont les rythmes frénétiques plongent dans une hypnose épileptique, tout pousse à l'abandon de soi. Le célèbre controle nippon tombe enfin. L'exaltation de la danse permet de sortir de son corps et de communiquer directement avec les dieux, qu'ils soient d'origine Shinto ou bouddhique, comme le festival des morts : Obon.

L'homme manipule à bout de bras un " Mando " : un idéogramme en métal porté par un long manche, un peu à la façon des portes enseignes romains surmontés de statues d'aigles. Le signe représente les couleurs du quartier. Le poids de celui-ci oblige son porteur à tenir l'instrument vertical, l'idéogramme fièrement érigé au dessus de la foule. Il garde les yeux rivés sur celui-ci. Grâce à une poignée située à l'autre extrémité du manche, il fait pivoter le signe sur son axe. Une main fermement agrippée à mi-hauteur du manche, maintient le Mando vertical. Pour donner le mouvement tournant, son bras toujours tendu s'enroule derrière son dos puis se déroule autour de son épaule. Les muscles se dessinent parfaitement sous sa peau. Dans ses yeux : l'ivresse ; pas une ivresse éthylique mais celle de la foule. Les lamelles de cuir qui entourent l'idéogramme volent. Une vague atmosphère de messe noire règne.

Le Shinto quant à lui doit honorer des millions de dieux. Cette religion proche du Shamanisme est très colorée, loin de l'intellectualisme épuré du christianisme. Le Panthéon des dieux Shinto est une inépuisable source d'inspiration pour la nouvelle vague des dessins animés fantastiques nippons sous la houlette de Miyazaki. " Le voyage de Shiiro " met en scène une jeune fille qui tombe par accident dans un monde parallèle et qui doit travailler dans un Onsen (établissement qui propose des bains) fréquenté par des dieux Shinto pour retrouver la réalité. Ces ablutions divines nous permettent d'observer toutes sortes de divinités ; celles-ci peuvent être les incarnations d'une humble rivière jusqu'à celui du mont Fuji. Le Matsuri est exactement le contraire puisque les dieux sont invités à descendre sur terre pour faire profiter les hommes de leurs pouvoirs surnaturels. Les hommes habillés de la veste de fête frappée d'une marque corporative et immanquablement affublés de leur bandeau Hachimaki, portent le palanquin en ahanant des soupirs d'effort. Ces temples portatifs, parfois richement décorés doivent accueillir la divinité.

Fêtes gorgées de couleurs et d'animation, ils ont aussi souvent un caractère local, et donnent lieux à des spectacles folkloriques : danse de la chasse à la baleine, du pilonnage du riz…. Dans les allées noires de monde, des stands de couleur proposent toutes sortes de friandises nippones : calamars grillés sauce miso (tendres et sucrés) ; beignets de pieuvre (délicieux avec de la sauce brune) ; petits poissons de rivière Aji embrochés et grillés au charbon ; crêpes de riz revenues sur une plaque d'acier et recouvertes de copeaux de bonite séchée.

 


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