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Kanji :
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Idéogramme
La culture antique musulmane condamnait toute représentation
figurée de l'homme. Les sages coraniques voulaient
émasculer toute velléité de substitution au
Créateur. Une statue à visage humain était
considérée comme trop proche de l'original. L'artiste en
contemplant son œuvre était trop susceptible d'en tomber
amoureux. La relation signifiant/signifié était
considérée comme assez incestueuse pour que l'auteur
puisse se prendre pour le Créateur. Idem pour le dessin. En ce
qui concerne le pouvoir de suggestion des images grâce à
leur ressemblance avec l'original, les sages asiatiques semblent avoir
été complètement d'accords. Mais au lieu de
diaboliser le phénomène, ils ont pris le parti de le
cultiver à des fins utiles. Ainsi ils ont fait de la
représentation imagée la base de leur écriture.
La légende dit que quand Cang Jie, un des ministres de
l'empereur, observa les traces des pattes d'un oiseau dans la neige,
il eut l'idée d'utiliser des signes écrits.
L'idéogramme était né.
Parmi les langues vivantes, l'alphabet chinois (aussi
utilisé par le japonais) est le dernier à utiliser des
idéogrammes (les hiéroglyphes sont un exemple de langue
morte ; ils utilisaient un mélange d'idéogrammes et
d'alphabet phonétique). Le mot idéogramme contient sa
définition : chaque idée est représentée
par un signe différent. A ce titre il est intéressant
d'observer les inscriptions sur les très anciens tripodes de
bronze chinois (dont on ne sait toujours pas exactement à quoi
ils servaient). Certains remontent à plus de 1,500 ans avant JC.
Les idéogrammes n'étaient alors que des pictogrammes,
signes beaucoup plus naïfs qui sont des représentations
imagées. Avec les années et la paresse de la main
à en dessiner les pattes une certaine abstraction s'est
glissée dans la représentation. L'introduction de la
brosse, qui demande une technique bien différente de la gravure
sur le bronze a aussi influencé la forme des caractères.
Puis, pour représenter des concepts abstraits,
l'idéogramme est apparu.
Evolution des idéogrammes avec les âges :
Il reste quand même quelques exemples frappants de
pictogrammes dans les caractères modernes :
| La rivière |
Kawa |
川 |
Le flot |
| La montagne |
Yama |
山 |
Un
sommet |
| L'homme |
Hito |
人 |
Une
silhouette |
Plus abstrait :
| Gros/grand |
Ookii |
大 |
Un grand homme |
| Le ciel |
Tenki |
天 |
Au dessus d'un grand homme |
Le système possède une certaine logique. Il
préfère une représentation imagée, proche
du simple processus mental de reconnaissance visuelle. On
reconnaît l'idéogramme de " homme ", de la
même façon qu'on reconnaît un profil, qu'on
distingue une silhouette. L 'association est directe (voir Katachi).
L'approche phonétique, quant à elle, passe par des
caractères abstraits (représentant des sons). Cette
gymnastique mentale, même si elle ne dure que quelques
millièmes de secondes, éloigne le signifié (sens)
de son significant (signe). Reconstituer le mot, puis l'associer : une
nouvelle couche d'abstraction est introduite. Celle ci n'est pas
complètement fortuite (voir Munin). Elle a des
conséquences énormes sur le nombre de requêtes qui
sollicitent la mémoire. Les 26 lettres de l'alphabet romain se
comparent à des milliers d'idéogrammes. On dit que 2,000
sont suffisants pour comprendre 90% d'un journal courant. Mais un
dictionnaire Français/Chinois qui vient d'être
publié, en contient plus de 16,000. Au rythme moyen de un par
jour (taux réaliste d'apprentissage), il faudrait 44
années pour le maîtriser. Ce rapide calcul met en
perspective le taux d'alphabétisation japonais proche de 100% !
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