ACCUEIL MENU

    CႢ Kichigai.com


Doo-kyo :

Le Tao, la voie, le chemin...

 

Le Tao, c'est l'ordre fondamental des choses. Ce principe régulateur de la nature va de soi et échappe à toute définition. Le Tao échappe à toute caractérisation possible puisque sa nature propre est le changement, la mutation perpétuelle. Tout est éphémère (voir Mono no aware) et le monde est donc flottant (voir Ukiyo). Lorsqu'on lui demandait de définir le temps, Saint Augustin répondait : " Si personne ne me le demande, je le sais ; mais si on me le demande et que je veuille l'expliquer, je ne le sais plus ". Il en est de même pour le Tao. Cette conception de l'univers contraste avec notre vision mécanique du monde qui se présente comme une construction dont il serait possible de connaître les secrets d'assemblage ; comme le pot que façonne un potier. Dans la religion chrétienne, Dieu créa l'homme à son image à partir d'un morceau de glaise. Pour Platon, tout ce qui est tangible dans la nature est une sorte de produit manufacturé dont le moule réside quelque part dans le monde des idées. Façonner le monde requiert d'un coté la matière première et de l'autre le savoir-faire. Cette conception mécanique implique donc une différence de nature entre la matière et la forme. Le Tao quant à lui englobe tout. La matière et la forme interagissent dans un balai incestueux qui ne permet pas de les séparer : le poing peut être considéré comme une chose ; ou il peut être considéré comme une main qui se ferme.

L'architecture japonaise met en pratique depuis longtemps cette dualité (voir Shoji). Ainsi le temple sacré de Ise est traditionnellement détruit tous les 20 ans ; il est alors reconstruit selon un plan plusieurs fois centenaire. Le bâtiment est réduit à son dessin. Sa réalisation physique, c'est à dire la construction en elle-même a tellement peu d'importance que sa structure de bois est régulièrement réduite en miettes. La destruction des temples japonais n'est pas toujours volontaire ; ceux-ci subissent les cruautés de la nature de façon aiguë. Il n'est pas rare que, au fil des siècles, leurs entrailles de bois aient été dévorées plusieurs fois par les flammes. Les touristes visitent le temple de N'ième génération sans s'émouvoir le moins du monde du fait qu'il ne visite pas le temple original. Ce qui compte est son essence ; le fait qu'il ait été reconstruit fidèlement selon le plan original. Le plus célèbre des temples de Kyoto, Kinkaku-ji (le temple d'or), a lui aussi été rattrapé par le temps quand il fut totalement détruit dans un incendie criminel dans les années 50 ; son histoire fut brillamment dramatisée par Mishima dans son plus célèbre roman. Les arts taoïstes ont cela en commun ; plutôt que de tenter de représenter un monde de toute façon évanescent et insaisissable, ils procèdent par suggestions (voir les peintures à l'encre de Sumi). Il s'agit plus de capturer les impressions du moment que d'essayer de représenter un monde idéalisé.

Le Tao rejoint la science moderne ; celle du vingtième siècle ; celle qui défit l'intuition humaine. Certains scientifiques de renom, se sont inspirés du Tao pour essayer d'interpréter leurs travaux. Les progrès technologiques du vingtième siècle laissent une grosse pierre dans le jardin du " projet cartésien ". L'édifice d'une réalité déterministe, totalement objective et absolue, obéissant aux lois de la mécanique classique se lézarde graduellement. Le phénomène avait déjà commencé par la théorie de la relativité restreinte de Einstein, qui prétend que toute mesure est relative à son référentiel. En particulier, le temps est un concept relatif à l'observateur. Le phénomène n'est observable que pour de grandes vitesses (proche de la vitesse de la lumière) et est largement contraire à l'intuition.

La mécanique quantique apporte le coup de grâce : la structure fondamentale de la matière révèle une nature ondulatoire. On s'éloigne du solide concret et tangible que nous dictait l'intuition de la vie quotidienne. Comme tout grand changement de paradigme, la révolution vient de l'apparente contradiction d'un certain nombre d'expériences : les unes démontrant la nature particulaire de la lumière (le photon), les autres (les fentes de Yung) démontrant sa nature ondulatoire. Tout ça pour arriver à la conclusion suivante : si un atome ne ressemble pas à une boule de billard, il est aussi plus substantiel qu'une onde. C 'est la fameuse dualité onde-particule. Un atome peut être vu comme la superposition de ces deux états, apparemment contradictoires (voir Chotto naii). La représentation la plus intuitive est probablement celle d'une densité de probabilité, où la particule occupe une position avec une certaine probabilité. La probabilité se substitue graduellement à la causalité. Les contraires se complémentent et se superposent. Alors que la science apparaît désormais inaccessible à l'intuition humaine, les philosophies asiatiques s'imposent comme une interprétation du monde quantique, datant de plus de trois milles ans. Pour ses travaux dans le domaine, Niels Bohr reçut le prix Nobel de physique. Il fut aussi nommé chevalier de l'ordre de l'Eléphant par la maison du Danemark. Il choisit comme blason le symbole du Tao : un cercle dans lequel les deux forces primitives et opposées du Yin et du Yang s'enlacent et se complémentent.

@


ACCUEIL MENU