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Sumi :

L'encre de chine

La peinture monochrome à lfencre est un art traditionnel hérité de la Chine classique. Sumi est lfencre noire, communément appelée encre de chine. Cfest une technique difficile que celle de retrouver dans lfintensité des noirs, la richesse subtile du monde chromatique. Un virtuose de la brosse peut, grâce à ces techniques monochromes, suggérer lumière et ombre, volume et rythme. Un bon exemple est le paysage en encre rompue de Seshu Toyo, qui port le nom dfune technique graphique dite de lfencre rompue (Hakobu). Cette épure représente plus les jeux de lumière que le sujet lui-même. Le paysage est suggéré par des jeux dfombres qui utilisent la gradation de la palette des gris.

Il ne sfagit pas dfune représentation figurative au sens classique : rechercher les proportions parfaites qui sous-tendraient lfharmonie du monde ; il ne sfagit pas de capturer lfélégance dfun monde idéalisé, régi par des lois mathématiques. Peu importent les proportions exactes dfune perspective. Comme le suggère Fabienne Verbier dans son nouveau roman : « Lfineffable en peinture naît de ce secret : la suggestion ».  Emouvoir en suggérant, plutôt que de vouloir représenter une réalité insaisissable (voir le monde flottant Ukiyo). Il nfest pas étonnant que les Sumi-e, les peintures à lfencre, soient liées au Taoïsme (voir Dokyo). Seule la suggestion peut permettre dfappréhender un monde insaisissable. La peinture permet une connections directe entre la nature des choses et lfesprit, sans passer par les mécanismes analytiques comme par exemple le langage. Une bonne peinture à lfencre fait jaillir la pensée (voir lfillumination du Satori). Son message est concentré pour être délivré en un éclair. Les butineurs internet modernes utilisent des techniques similaires pour accélérer lfaffichage des images. Plutôt qufun affichage linéaire qui capturerait des détails inutiles, la trame de lfimage apparaît dfabord ; puis seulement alors, les détails.  

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Ainsi, la couleur nfest pas nécessaire. Lfaustérité de lfencre monochrome permet de focaliser le message sur son strict contenu (voir Sabi). La peinture Sumi-e ne tolère pas la moindre erreur dans le coup de pinceau. Au contraire de la peinture à lfhuile qui permet des retouches, la pureté d'un trait dfencre doit être immédiate. On procède par touches, à la fois opposées et complémentaires (voir Chotto Nai). La perspective de la renaissance donne la représentation dfun objet par un œil fixe, qui suppose que lfobservateur se trouve à un endroit en particulier. La vision est statique, sans mouvement. Lfart asiatique quant à lui peut montrer des objets grâce à des perspectives multiples qui incluent des vues simultanées de la même scène depuis des positions différentes. Ces vues multidimensionnelles, bien que moins réalistes, permettent à lfobservateur de se faire une idée du sujet en un clin dfœil. Nul besoin de tromper les sens pour donner une impression de volume.  

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Ces techniques ont finalement influencé lfoccident, lors de la révolution impressionniste. Se démarquant des standards classiques hérités de lfantiquité, ils abandonnent le studio et ses drapés pour des scènes plus vivantes, en extérieur. Ils travaillent la lumière de façon révolutionnaire. Leurs tableaux apparaissent parfois comme inachevés, bâclés. Certains crient au scandale. Mais lfébauche ne doit pas être confondue avec de la négligence. Plutôt que de viser un réalisme parfait, ces peintres veulent saisir lfinstant, capturer un coup dfœil. Lfavènement de la photographie, qui date à peu près de la même époque, leur donne raison. Il introduit le concept de profondeur de champ, qui montre qufune lentille optique ne peut effectuer une mise que sur une tranche dfespace. Bien évidemment, cette propriété optique est vraie de lfœil humain aussi. Ces évolutions sont contemporaines de la ré-ouverture du Japon sur le monde après des siècles de dictature militaire en autarcie. Le japonisme fait fureur en occident; on découvre cette nouvelle culture dans les salons parisiens. Les ténors du mouvement impressionniste ne sont pas en reste. Manet possède une large collection dfestampes ; on y reconnaît cette révélation de lfinstant. @

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