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Haiku :

Concentré d'émotions, notation sincère dfun instant dfélite

 

Le Haiku, cfest la concentration de lfémotion. Ces brefs poèmes de 17 syllabes distillent lfélixir de la sensibilité japonaise. Ils décrivent une impression furtive, un sentiment. Chaque mot est soigneusement choisi, chaque vers soigneusement ciselé. Leur brièveté sfinscrit dans lfesthétisme dépouillé de la cérémonie du thé (Wabi). De la même facon, leur simplicité désarmante prend lfapparence des vérités fondamentales. La densité poétique est inversement proportionnelle au nombre de mots. Cfest dans leur économie que le poème va acquérir son impact. Avec seulement 17 syllabes, on dit qufun Haiku est une pierre chauffée à rouge que lfon trempe dans lfeau ; les frémissements sfétendent infiniment dans lfesprit du lecteur. Une sorte de projectile à grande vitesse qui perce la carapace qui nous sépare du monde sensible.

Lfalchimie opère grâce à une poigné mots, savamment arrangés. Dans ce concentré dfémotion, chaque mot a sa place. Une légère modification et lfimpression furtive est perdue. La fragilité de lfédifice montre sa délicatesse. La réplique suivante est tirée de la sub-culture néo-hollywoodienne et ressemble à un Haiku en prose par son économie :

>* Auntie Em,  Hate you, hate Kansas, taking the dog.  Dorothy.

Analysons quelque peu cet interminable récit. Chaque mot y est pesé. A première vue cela ressemble à une note de départ. Le destinataire est désigné comme gAuntie Emh, ce qui sous-entend que la fameuse Dorothy, auteur de la note, a été élevée par sa tante. On pressent déjà une enfance malheureuse, des parents morts probablement dans des conditions atroces. La brave tante a alors accepté de prendre soin de lfenfant. Envisager quelques alternatives nous permet de vérifier que chaque mot a son importance:

>* Mum,  Hate you, hate Kansas, taking the dog.  Dorothy.

Cette alternative marche nettement moins bien car on court alors le risque dfembrouiller le lecteur. En effet, apparaît alors la possibilité que la mère soit une cruelle mégère qui martyrise sa fille. On perd alors lfimage de la brave tante dévouée qui croit prendre soin de lfenfant comme le sien, sans voir qufelle le maintient dans un carcan affectif.

Il faut aussi noter avec quelle familiarité Dorothy sfadresse à son interlocutrice.

>* Aunt Emma,  Hate you, hate Kansas, taking the dog.  Dorothy.

Le scénario change alors complètement : la jeune fille, alors héritière dfune énorme fortune, est prise sous lfégide de la cruelle tante. Celle ci empoche alors lfargent et fait endurer mille supplices à la pauvre jeune fille. Cette familiarité prend tout son sens dès les premiers mots de la note. Lfhypocrisie de ce sobriquet nous saute alors au visage : on imagine Dorothy jouant la comédie de la petite fille reconnaissante envers sa tante qui se saigne aux quatre veines pour subvenir aux besoins du seul enfant dont elle ait jamais eu la garde : en effet auntie Em ne peut être qufune veuve précoce dont lfépoux est mort pour la patrie et qui ne sfest jamais remariée bien qufelle soit dfune beauté légendaire. En fait, sous le masque, une jeune fille bouillonnante est étouffée par trop de gentillesse et dfaffection. Une haine féroce sfest développée sans que son objet ne le suspecte. Cette haine vient dfun étouffement. Il faut savoir que le Kansas est le grenier à grain des Etats-Unis. On peut alors imaginer la ferme de tantine Em au milieu dfun immense champs de mais comme il nfen existe pas en France, loin de toute civilisation, de toute activité indispensable à lfassouvissement des penchants aventureux dfune jeune adolescente qui a soif de vivre. La jeune fille en est réduite à observer le facteur, seul représentant de la gente masculine à visiter la ferme. Elle sfest probablement réfugiée dans le monde fictif des livres, qufelle dévore dans une petite cachette qufelle sfest dégotée du coté du grenier à grain. Elle vit par procuration, rejetant la frustration qui en résulte sur sa pauvre tante. Celle ci montre lfinsouciance la plus totale, croyant, en subvenant aux besoins du corps de la petite, combler ses aspirations intimes. Bref cette nouvelle est une tragédie.

La mention du fait que Dorothy a pris le chien est technique.

>* Auntie Em,  Hate you, hate Kansas.  Dorothy.

Bien évidemment, on ne comprend pas que la jeune fille a fui. La note ne signifie plus un divorce irrémédiable mais une simple marque dfantipathie. Il est une chose dfêtre haï, mais cfen est une autre de se voir préférer un chien : la rupture sera totale.

Lfanecdote du chien permet aussi de lever certains doutes sur la personnalité de Dorothy. Ce chien avait probablement été le seul être à lfécoute de ses appels désespérés, et il est normal qufil partage sa nouvelle aventure. De plus elle a la délicatesse de signaler cet enlèvement à sa pauvre tante. Elle nfest donc pas dénuée de nobles sentiments.

 

Au Japon, le Haiku ne raconte pas dfhistoire. Il ne raconte rien de tangible. Il se concentre sur le sensible. Sa simplicité brute permet une relation directe avec lfémotion (voir Katachi). Pas dfanalyse ou de description. Il met en scène des émotions futiles souvent liées à la contemplation de la nature. Le lecteur est laissé avec une impression diffuse.

            Déjà quatre heuresc

            Je me suis levé neuf fois

            Pour admirer la lune.

Bash­o est lfauteur de ce Haiku. Il est aussi lfauteur de Haiku le plus connu. Son nom vient dfun petit arbre bananier qui ne porte pas de fruit et dont la large feuille verte est facilement déformée par le vent. Sa flexibilité symbolise la sensibilité du poète.

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